Je suis d’accord sur l’essentiel, en particulier sur le fait qu’aucun genre n’a le monopole du concept de "groove". Le groove, c’est un mélange d’éléments rythmiques, d’interactions entre musiciens et d’autres subtilités qui se combinent pour provoquer une réaction positive chez l’auditeur : envie de danser, de bouger la tête, de faire la fameuse "stank face", ou encore de ressentir un coup de boost d’énergie, etc.
Cela dit, il faut reconnaître que l’importance du groove varie considérablement d’un genre à l’autre. En tête de liste, on trouve des genres comme la soul, le funk, le jazz, le reggae, le blues etc. tandis qu’en bas de l’échelle, on retrouve le classique, l’ambient, et dans une moindre mesure, la folk, ainsi que certains sous-genres extrêmes du métal ou le math rock, où les signatures rythmiques sont complexes et changeantes, ce qui a tendance à "intellectualiser" l’écoute au détriment du "feeling qui prend aux tripes", si j’ose dire.
La situation se complique lorsqu’on essaie d’analyser pourquoi certains morceaux groovent plus que d’autres. D’abord, c’est très subjectif : chacun a ses préférences, et un même morceau n’aura pas le même impact de groove pour tout le monde. Ensuite, il est difficile de cerner précisément ce phénomène ! Même les musiciens talentueux peinent parfois à nommer ou à expliquer les petites subtilités qui contribuent au groove.
À mon avis, et je sais que beaucoup vont me contredire—sauf peut-être Fleur de Cerisier qui a dit un peu la même chose au départ—concernant la batterie, on a tendance à largement exagérer l’importance (voire l’existence) des coups frappés en avant ou "au fond" du temps. Dans de nombreux morceaux qui groovent bien, la batterie est bien droite. Les sensations de décalage proviennent souvent du placement de la basse ou d’autres instruments rythmiques, ainsi que de la manière dont le batteur nuance son jeu : en frappant plus ou moins sèchement, au centre ou sur la périphérie de la peau, en contrôlant la force avec laquelle il maintient le charley fermé (ce qui influence considérablement le rendu), en jouant avec l’intensité de frappe, en introduisant des variations plus ou moins subtiles, etc.
Même pour certains batteurs réputés pour être "au fond du temps" ou dans des concepts similaires, une analyse approfondie révèle qu’ils sont en réalité très précis sur le métronome. Si des décalages existent, ils se trouvent généralement sur les contretemps, notamment sur le charley ou les ghost notes à la caisse claire. À mon avis (et c’est là que je vais me faire des ennemis), bon nombre de personnes pensent percevoir des coups frappés en avant ou en arrière du temps, alors qu’en réalité, ils sont pile sur le temps, et que le groove vient alors d’autres paramètres.
Il existe bien sûr des batteurs ou des morceaux où le jeu de batterie est clairement hors du temps (et je ne parle pas des batteurs qui jouent mal et ne sont pas en place, c’est clairement à l’opposé du concept de groove). Mais ces cas sont des applications très spécifiques et restent loin d’être omniprésents dans les morceaux qui groovent.